R.I.V.A.G.E
ALEXANDRE DORE & FANTINE SAOUT
Notre démarche a débuté en explorant la formulation comme un
processus vivant. En atelier, nous nous sommes penchés sur des notions de
mutation, sédimentation ou encore fusion, en utilisant du sel, du sucre, du
gel, des encres etc. Ces expérimentations révèlent que la transformation ne
dépend plus uniquement du geste humain, mais se poursuit de manière autonome.
La matière évolue seule dans le temps, créant des structures naturelles
imprévisibles. Ce cycle se prolonge à travers l’IA. En y injectant nos textures
physiques, cristallisations, ciment, sucre, de nouvelles matérialités émergent.
Des formes mousseuses, poreuses ou aériennes apparaissent, évoquant des figures
de coraux et d’écume. Sur le site, nos relevés d’empreintes, écorces, algues,
rochers viennent confirmer ces réseaux tentaculaires et ces organisations
alvéolaires.
Images impossibles
Le projet part d’un constat simple : avec la montée des eaux, le remblais sera progressivement submergé d’ici 2100. Plutôt que de lutter contre ce phénomène, nous faisons le choix de déplacer l’habitat vers les hauteurs au sud du site. Les bâtiments démolis deviennent alors une ressource, les gravats sont réutilisés et assemblés avec de la chaux comme liant afin de former des briques. Nous développons ainsi des habitats en cluster pour personnes âgées isolées, mêlant espaces privés et lieux de
vie partagés. Les briques constituent une seconde peau autour des habitations, permettant le passage de la lumière et de l’air, tout en préservant les usages. Le projet s’accompagne d’un jardin de phytoremédiation dans le but de dépolluer les sols grâce
à des plantes adaptées au milieu salin. Enfin, un cheminement surélevé traverse le site et anticipe les futures variations du niveau de la mer.
Là où l’océan grignote peu à peu la terre, le projet RIVAGE refuse la fatalité de l'oubli. Face à la montée des eaux envisagée pour 2100, l'architecture choisit de faire corps avec le temps plutôt que de le braver.
Tel un phénix de pierre, le site renaît de ses propres ruines : 245 mètres cubes de gravats oubliés se métamorphosent en milliers de briques de chaux. Inspirées par la silhouette des ducs d'albe qui hantent la rade, cinq maisonnées s'élèvent pour offrir aux anciens un havre de solidarité face aux éléments. Au sol, un jardin de phytoremédiation panse doucement les plaies d’un passé militaire pollué.
Mais RIVAGE n’est pas une promesse d'éternité. C'est une architecture de la transition qui accepte sa propre finitude. Conçu pour une géographie mouvante, le projet sait qu'un jour, la mer reprendra ses droits, emportant ces murs dans un dernier poème d'érosion. Pour introduire notre présentation, il faut savoir qu’à terme, le remblai se retrouvera immergé sous l’eau durant les marées hautes. Aux environs 2100 il est question dans les scénarii les plus critiques d’une montée des eaux entre 80 et 100 cm du niveau moyen de la mer. Notre conclusion est ainsi, si l’on ne fait rien le site va se détruire au gré des marées.
Hyper-archives et post-effondrement
Fragments
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