LA FARCERIE E-407
NAOMI CHOUTET & LISON ROULET
Les experimentations ont amenées à la rencontre de deux état, le granuleux et le gluant, en deux objets : le glueux et le granulant. Différentes formulation ont été réalisées avec comme objectif d'obtenir une empreinte résultant de l'addition du sceau, empreinte en série officielle, avec l'alea.
Doudoux artificiels
L’E407 ou la carraghénane, est une molécule extraite d’algues rouges, servant d'agent d'épaississement dans l’industrie alimentaire. Cette molécule est présente dans le pioka, ou l’algue farceuse, une petite algue rouge poussant sur les rochers des plages finistériennes, autrefois ramassée et utilisée par les familles bretonnes dans la préparation de flans traditionnels. La récolte du goémon est reconvoquée sur le site à travers la culture d’algue, et l'usage du feu s’est révélé opportun dans le projet. La cheminée de la farcerie, usine transformant goémon en gelée aux propriétés multiples, se dresse comme repaire culinaire aux habitants de la presqu’île, comme repère maritime aux navigateurs, mais avant toute chose, comme exutoire de fumée dont le feu cuit les briques de terre qui construit le site lui-même, à commencer par les rochers artificiels accueillant l'élevage, coiffant les ducs d'Albes.
La farcerie accueille à la fois la transformation du pioka en E407, et la transformation de la terre en briques cuites, le foyer s’adaptant à tour de rôle à son contenu. Ces deux matières se rencontrent, comme expérimenté en formulant. La gelée obtenue par le pioka et la terre sont combinées et extrudées ensemble, créant des briques aléatoirement irrégulières, aux méandres brillantes rencontrant rugosité. L’algue farceuse se retrouve à farcir les briques, et continue ses farces. En se jouant du pastiche par une presque imitation de l’état actuel, la surélévation devient farcesque, trompant la perception du réel tout en doublant le volume capable de notre entreprise.
Images fallacieuses
La première étape de l’entreprise à gélifiant consiste en l’élevage des algues. Les ducs d’Albe servent alors de support à une structure distanciée en briques.
La seconde phase est le séchage des algues sur le remblai. Surélevé, celui-ci libère en sous-face l’espace nécessaire aux manipulations techniques, tandis qu’en surface il forme une esplanade hors d’eau destinée au séchage et aux rassemblements.
Enfin, les algues séchées sont transformées en gélifiant dans la surélévation du bâtiment existant. Les différents éléments construits, rochers artificiels autour des ducs d’Albe, piliers de séchage, surélévation et cheminée, sont issus de la première activité du site : la fabrication de briques.
L’ensemble de l’entreprise s’organise autour de la cheminée, élément central et indispensable à la vie du lieu. Son développement s’inscrit en deux temps : d’abord comme farcerie, où les briques de terre sont produites sur place ; puis comme usine à pioka. Le foyer de la cheminée devient alors un four banal et une cuisine ouverte à tous. La farcerie se transforme en repaire culinaire, dédié autant à l’usage de la gélatine produite sur place qu’à des activités collectives.
Ces deux temporalités se succèdent tout en se chevauchant durant une période transitoire. Entre la terre et la gelée naît alors une rencontre inattendue. La légende raconte que la célèbre brique de Lanvéoc fut inventée par accident lorsqu’un flan de pioka tomba dans une extrudeuse. Depuis, certaines briques sont volontairement réalisées avec une coulée de gelée, créant des pièces irrégulières aux méandres brillants et rugueux.
Aujourd’hui encore, des traces de fours à goémon jalonnent le GR34. Si la farcerie venait à s’effondrer ou à devenir ruine, son four demeurerait utilisable, comme un vestige encore actif.
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